DICTIONNAIRE

DES

CIENCES NATURELLES,

DANS LEQUEL

»N TRAITE MlÎTHOOlQtJEMENT ttES DIFFERE»* ^RCS OJE LA NAT0RE , CONSIDÉRÉS SOIT Elf EUK-MÊîCBS, d'aFR£S L'BïàT ACTUEL DE WOS COSWOISSAS ^ES, SOtT RELATIVBStE»X À. l'cTILITÉ Qu'eN PEUVENT RETIRER LA MEDECINE, l'aGRICCLTBRE , LE COMMERCE ET LES ARTS.

SUIVI D'UNE BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES NAIUR/IUSTES.

PAR

Plusieurs Professeurs du Jardin du Pjoi et des principales Ecoles de Paris.

TOME SEIZIÈME.

EUP-FIK.

F. G. Levmïjxt, Éditeur, à STRASBOURG,

et rue des Fossés M. le Prince, n." 33, à PARIS.

Le Normawt, rue de Seine, N.*' 8 , à PARIS.

1820.

LIBRARY OF

1885- IQ56

DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES.

rOME XVI.

EUP^FIK.

Le nombre d'exemplaires prescrit par la loi a été dé- posé. Tous les exemplaires sont ret^étus de la signature de l'éditeur.

DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES,

DANS LEQUEL

ON TRAITE MÉTHODIQUEMENT DES DIFFÉRENS ÊTRES DE LA NATURE, CONSIDÉRÉS SOIT EN EUX-MÊMES, d'aPRÈS l'ÉTAT ACTUEL DE NOS CONNOISSANCES, SOIT RELATIVEMENT A l'utILITÉ Qu'eN PEUVENT RETIRER LA MÉDECINE, l'aGRICULTURE , LE COMMERCE ET LES ARTS.

SUIVI D'UNE BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES NATURALISTES.

Ouvrage destiné aux médecius, aux agriculteurs, aux commercans, aux artistes aux manufacturiers, et à tous ceux qui ont inUrét aconno.trelesprod«ctionsdelauature,leurscaraclèresgénériques et spécifiques, leur heu natal, leurs propriétés et leurs usages.

PAR

Plusieurs Professeurs du Jardin du Roi, et des principales Ecoles de Paris.

TOME SEIZIÈME.

F. G. Levrault, Éditeur, à STRASBOURG,

et rue des Fossés M. le Prince, N." 33, à PARIS.

Le Normakt, rue de Seine, N." 8, à PARIS.

1820.

Liste des Auteurs var ordre de Matières,

Physique générale.

M. LACROIX, membre de rAcadémic Sciences et professeur au Collège France, (L.)

Chimie.

M. CHEVREUL, professeur au Collése royal de Charlemagne. (Cb.)

Minéralogie et Géologie. M. BROIVGMART, membre de l'Académie

des Sciences , professeur à la Faculté des

Sciences. (B.) M. BROCHANT DE VILLIERS , membre

de l'Académie des Sciences. (B. de V. ) M. DEFRANCE, membre de plusieurs

Sociétés savantes. (D. F.)

Botanique.

M. DESFONTAINES, membre de l'Académie des Sciences. (Desf.)

M. DE JUSSIEU , membre de l'Académie des

Science», professeur au Jardin du Roi. (J.) M. MIRCEL, membre de l'Académie des

Sciences , professeur à la Faculté des

Sciences. (B. M.) M. HENRI CASSIM , membre de la Société

pbllomatique de Paris. (H. Cass.) M. LEMAN, membre de la Société philoma-

licjue de Paris. (Lem.) M. LOISELEUR DESLONGCHAMPS ,

Docteur en médecine , membre de plusieurs

Sociétés savantes. (L. D.) M. MASSEY. (Miss.) M. POIRET, membre de plusieurs Sociétés

sav.inles et littéraires , continuateur de

l'Encyclopédie botanique. (Poir.) M. D E TUSSAC, membre de plusieurs

Sociétés savantes, auteur de la Flore des

Antilles. (De T.;

Zoologie générale , Anatomie et Physiologie.

M. G. CUVIER , membre et secrétaire p«r- pétu< Jardi

de l'Académie des Sciences,

du Roi, etc. (G. C. ou CV.ou C.)

Mammifères.

M. GEOFFROI , membre de l'Académie des . Sciences, professeur au Jardin du Roi. (G,)

Oiseaux,

M. DUMONT , membre de plusieurs Sociétés savantes. (Ce. D.)

Reptiles et Poissons.

M. DE LACÉPÈDE, membre de l'Académie

des Sciences, professeur au Jardin du Roi.

(L. L.) M. DUMERIL, membre de l'Académie des

Sciences, professeur à l'Ecole de médecine.

(C. D.) M. CLOQUET, Docteur en médecine. (II. C.)

Insectes. M. DUMERIL, membre de l'Académie des

Sciences, professeur à l'École de médecine.

(C. D.)

Crustacés.

M. W. E. LEACH, membre de la Société royale de Londres, Correspondant du Mu- séum d'histoire naturelle de France. ( W. E. L. )

Mollusques , Vers et Zoophjtes.

M. DEBLAINVILLE, professeur i la Faculté des Sciences. (De B.)

M. TURPIN, naturaliste, est cliargé de l'exécution des dessins et de la direction de

ravure.

MM. DE HUMBOLD T et RAMOND donneront quelques articles sur les objets nouveaux qu'ils ont observés dans leurs voy.iges, ou sur les sujets dont ils se sont plus particuliè- tement occupés.

M. F. CUVIER est chargé de la direction générale de l'ouvrage, et il coopérera auï articles généraux de zoologie et à l'histoire des mammifères. (F. C.)

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DES

SCIENCES NATURELLES.

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EuPARÉA ÉLÉGANTE (Bot.) : Euparea amcena , Gaertn. , de Fruct. , i, tab. 5o ; Lamk. , ///. gen. , tab. i33. Genre de plantes dicotylédones, à fleurs complètes, de la famille des primulacées , de la pentandrie monogj'nie de Linnaeus , voisin des scliejfleldia, dont le caractère essentiel consiste dans un calice à cinq folioles (une corolle monopétale, à cinq divi- sions profondes, alternes, avec cinq filamens stériles, Juss.); cinq étamines; un ovaire supérieur; une baie sèche, unilo- culaire ; plusieurs semences adhérentes à un placenta globu- leux, libre et central.

On attribuoit à ce genre une corolle composée de cinq à douze pétales. M. de Jussieu n'est point de cette opinion. En le rapprochant du scheffieldia , il a i-econnu qu'il devoit avoir le même caractère dans sa corolle. ( Ann. du Musée , vol. 14.)

Cette espèce, la seule connue, a le port du Ijsimachia nummularia. Ses tiges sont couchées, étalées; ses feuilles pe- tites, presque orbiculaires; ses fleurs d'un rouge pourpre, assez semblables à celles de ïanagallis phœnicea. Les folioles 16. a

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du calice sont lancéolées, aiguës; l'ovaire arrondi, surmonté d'un style alongé, sétacé , terminé par un stigmate simple. Le fruit est une baie sèche, globuleuse, mucronée par le style persistant, à une seule loge; les semences petites, nom- breuses , adhérentes à un placenta globuleux , fongueux , libre et central. Cette plante croît à la Nouvelle-Hollande.

(POIR.)

EUPATOIRE, Eupatorium. {Bol.) [Coiymhifères, Juss. Sjn- génésie polygamie égale, Linn.] Ce genre de plantes, de la famille des synanthérées , appartient à notre tribu naturelle des eupatoriées, dont il est le type, et à laquelle il prête son nom. Voici les caractères génériques que nous avons observés.

La calathide est incouronnée, équaliflore , pluriflore , ré- gulariflore , androgyniflore , oblongue. Le péricline , infé- rieur aux fleurs et cylindracé, est formé de squames imbri- quées, appliquées, ovales-oblongues , foliacées. Le clinanthe est petit, planiuscule, inappendiculé. Les ovaires sont pen- tagones, parsemés de glandes, et munis d'un bourrelet api- cilaire ; leur aigrette est composée de squamellules inégales, filiformes , barbellulées. La base du style est plus ou moins velue.

Les eupatoires sont des plantes herbacées ou ligneuses, îi feuilles opposées, très-rarement alternes, à calathides presque toujours disposées en corymbe ou en panicule , et composées de fleurs à corolle purpurine ou blanche. Les espècesdece genre sont très -nombreuses, et presque toutes indigènes de l'Amérique : une seule est européenne, et très- commune dans toute la France ; c'est celle que nous allons décrire.

L'EuPATOiRE CHANVRiN [Eupatorium cannahinum , Linn.) est une plante herbacée, à racine vivace, à tige dressée, haute de trois à quatre pieds , presque simple, à peu près cylin- di-ique , pubescénte; ses feuilles sont opposées, sessiles , et divisées chacune en trois folioles lancéolées, dentées en scie, glabres ; les calathides , composées chacune de cinq fleurs rougeàtres, sont petites, nombreuses, et rapprochées en un corymbe terminal arrondi. Cette plante , connue sous le nom d'eupatoire d'Avicenne, croît dans les lieux aquatiques, et

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ileurit en Août et Septembre. Gesner. pour éprouver ses propriétés médicales, ayant bu une décoction vineuse de sa racine, vomit douze fois, et eut des évacuations abondantes par les selles et par les urines.

Le genre Eupatoire avoit été bien caractérisé par Tourne- fort. Linnasus commit une erreur très-gi>ave en attribuant à ce genre une aigrette plumeuse , et il est surprenant que cette erreur ait été reproduite par M. de Jussieu. Il est bon de remarquer que l'erreur de Linnaeus , en rendant les ca- ractères génériques inapplicables aux vrais eupatoires, les rendoit parfaitement applicables au hihnia. Wiildenow a retiré avec raison du genre Eupatoire les espèces à cala- thides de quatre à six fleurs, avec un péricline de quatre à six squames unisériées, et il en a formé son genre Mikania; mais il a très-mal à propos compris dans ce genre des espèces à feuilles alternes, telles que le tomentosa, Vauriculata, etc., qui n'appartiennent pas même à la tribu des eupatoriées, mais à celle des sénécionées, et qui sont de vrais cacalia: cette erreur vient de ce qu'on a négligé l'étude importante de la structure du style. La même négligence est cause que M. de Lamarck a rapporté au genre Eupatoire , sous le nom d'eupatorium spicatum, une plante de la tribu des- astérées, qu'il faut attribuer au genre Baccharis. M. Labillardière , ayant également négligé la structure du style, a décrit, sous les noms d'eupatorium rosmarinifolium et ferrugineum , deux: plantes de la tribu des inulées , dont nous avons fait notre nouveau genre Petalolepis (Bull, de la Soc. philom.. Septembre 1817). Mœnch a proposé, sous le nom de èa,'sc/!2a, ungenre qu'on a cru semblable au mikania, mais qui en diffère réelle- ment parle nombre beaucoup plus grand et indéterminé des fleurs de la calathide et des squames du péricline; nous avons aussi remarqué que la hase du style étoit glabre, au lieu d'être velue , comme dans les vrais eupatoires : nous pensons donc que le batschia de Mœnch mérite d'être adop'é, au moins comme sous-genre. Un autre sous-genre, que nous avons proposé dans le Bulletin de la Société philomatique de Septembre 1818, est le gjpiis, qui se distingue par la calathide subglobuleuse, multidore; par le péricline , à peu près égal aux fleurs, de squames bi- trisériées, irréguliére-

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meut imbriquées, appliquées, spatulées, à partie inférieure coriace, oblongue, plurinervée, striée, et à partie supérieure appendiciforme , foliacée-membraneuse, élargie, arrondie ; par l'aigrette de squamellules longuement barbellulées , et par les corolles de couleur jaune. On pourroit être tenté de confondre avec le genre Eupatoire notre trilisa (Bull, de lu Soc. philom., Septembre 1818), qui comprend les es])èces de liatris à aigrette non plumeuse ; mais il y a cette diffé- rence que l'ovaire de Teupatoire est pentagone, tandis que celui du trilisa est cylindracé et à dix côtes.

M. Kunth , qui a décrit, dans le quatrième volume des No^'a gcncra et species plantarum , soixante-quatre espèces d'eu- patoires, les a distribuées en six groupes, qu"il caractérise de la manière suivante. 1.™ Division. Péricline oblong , de squames peu nombreuses, lâchement imbriquées , un peu larges, blanchâtres , les extérieures plus courtes; tige le plus souvent herbacée, a."" Division. Péricline subcylindracé, de squames nombreuses, lâchement imbriquées, un peu ob- tuses , un peu colorées , les extérieures graduellement plus petites; tige ligneuse. 5.* Division. Péricline cylindi\Tcé, de squames nombreuses, étroitement imbriquées, un peu ob- tuses, colorées, les extérieures graduellement plus petites; lige le plus souvent ligneuse. 4.*^ Division. Péricline campa- nule, de squames nombreuses, presque égales, lancéolées, aiguës ; tige le plus souvent herbacée. 5." Division. Péricline subcampanulé, de squames peu nombreuses, presque égales, un peu obtuses; tige ligneuse. G. ^ Division, Péricline oblong- cylindracé, de squames peu nombreuses, lâchement imbri- quées, un peu larges, aiguës, le plus souvent visqueuses et colorées : arbrisseaux ou arbres , dont les rameaux et les pé- riclines sont le plus souvent visqueux ; calathides grandes. Le volume dont nous avons extrait ces divisions, n'est point encore publié, mais il est imprimé dans le format in-folio; un exemplaire a été présenté à l'Académie des sciences, le 2G Octobre 1818, et un autre exemplaire nous a été com- muniqué par M. Kunth, le i.*"^ Décembre de la même année. (H. Cass.)

EUPATOIRE AQUATIQUE {Bol.) , nom vulgaire du lidem triparlita. (H. Cass.)

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EUPATOIRE DE MESUÉ. (Bot.) C'est une espèce d'achil- lée, achilLea ageratum , laquelle a une odeur assez forte, et dont les fleurs sont jaunes, disposées en corymbe un peu serré. L'eupatoire ordinaire , eiipatorium cannabinum , est aussi nommée eupatoire d'Avicenne. Le bidens tripartita est l'eu- patoire aquatique, eupatoire femelle, nommée aussi chanvre aquatique. Dalechamps observe qu'on avoit aussi faussement donné le nom d'eupatoire des boutiques à Vhjdropiper ou ciirrage, polygonum hjdropiper. (J.)

EUPATOIRES. {Bot. ) M. de Jussieu a indiqué d'abord dans le Gênera plantarum, puis dans un Mémoire publié dans les Annales du Muséum , une distribution de ses corymbifères en quatre groupes naturels, ayant pour types l'eupatoire, l'aster , la matricaire ou l'achillée , et l'hélianthe. 11 pense que les deux groupes ayant pour types l'eupatoire et Ihé- lianlhe seroient peut-être susceptibles d'être établis avec précision , et que la démarcation des deux autres seroit plus incertaine. Il est difficile de porter un jugement sur aucun de ces groupes , parce que l'illustre auteur n'a désigné ni les genres dont il les compose , ni les caractères qu'il leur attri- bue ; cependant nous croyons pouvoir affirmer qu'il est ab- solument impossible de rapporter toutes les corymbifères à un si petit nombre de divisions, si l'on veut n'avoir égard qu'aux affinités naturelles, et surtout si l'on veut assigner des caractères distinctils plus ou moins exacts à chacune des di- visions, ce qui nous paroit indispensable. (H. C-vss.)

EUPATORÉES. {Bot.) Dans notre article Composées ou Synainthérées (Tome X, p. i5i iSg), nous avons exposé sommairement les principales méthodes de classification pro- posées pour cette famille par plusieurs botanistes ; mais, comme à cette époque la nouvelle méthode de M. Kunth nous était encore inconnue, elle n'a pas pu être mentionnée dans cet article. Nous nous empressons d'y suppléer aujour- d'hui, en saisissant la première occasion favorable qui se présente pour faire connoitre à nos lecteurs la méthode de M. Kunth.

Cette méthode est établie dans le quatrième volume de son ouvrage intitulé. Nova gênera et spccies plantarum, etc. Ce quatrième volume n'est pas encore publié, mais il est

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imprimé dans le format in-folio. M. Kunth déclare que l'im- pression en a élé cornu encée en Septembre 1817, et terminée en Septembre 1818 : ce qu'il y a de certain, c'est que le premier exi-mplaire a été présenté et déposé n l'Académie des sciences, le 26 Octohre 1818, et qu'un autre exemplaire nous a été communiqué par l'auteur le 1." Décembre de la même année.

M. Kunth divise d'abord la f;imille des synanthérées en six sections principides, qu'il nomnje Chicoracées , Cardua- cées, Ettpatorées ,■ Jacohées, Hélianthées , Antliëmidées ; puis il subdivise sa section des Carduacées en six sections secon- daires, sous les noms d'Onosérides, Bamadésies , Carduacées vraies, Échinopsidées , Vernoniacées , Aslérées.

Il est très-essentiel de remarquer que M. Kunth n'assigne aucun caractère quelconque à aucune de ses sections princi- pales ou secondaires ; et c'est assurément la plus grande diffé- rence qui existe entre sa méthode et la nôtre. A l'exemple de Linnaeus, qui n'a donné à ses ordres naturels que desim- pies titres, sans caractères, l'auteur de la nouvelle méthode se contente de donner à chaque section un nom indiquant l'un des genres qu'elle comprend : d'où il suit qu'on ne pourroit bien connoître et apprécier toutes ses divisions que par l'énumération complète des genres que l'auteur a Tin- tentlon d'y comprendre. Malheureusement cette énuméra- tion est fort incomplète , parce que M. Kunth ne s'est occupé que des synanthérées de l'Amérique équinoxiale. Cependant nous allons donner la liste exacte des cent seize genres , tant anciens que nouveaux, qu'il a décrits et classés suivant sa méthode. '

Section I.''^ Chicoracées (pag. 1.").

I^jpocliœris , Apargia , Hieracium,

Section II. Carduacées (page 4).

3.° Onosérides (page 4).

Leria, Chaplalia, Onoseris , Jsolypus , HomanlUis, Mulisia.

2." Barnadésies (page j3).

Barnadesia , Dasypliyllum , Chuquira^a , Gochnatia . Trip- lilium.

3.° Carduacées vraies (page 17).

CniciJS, Calciirapa.

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4." Échinopsidées (page 19).

Lagascea, Elephantopus , Rolandra , Trichoapira , Sphacantlia.

6." Vernoniacées (page 20 ).

Pacourina , Ampherephis , Vernonia, Turpinia, Odontoloma , Dialesta, Pollalesta , Baccharis , Conjza , Gnaphalium , Eiy^ chrysum.

6.° Astérées (page 69).

Erigeron , Aster , Diplostephium , Andromachia , Solidago , Grindelia, Xanthocoma.

Section III. Eupatorées (page 82).

Kuhnia, Eupatorium. , Mikania, Stevia , Ageratum, Ccdcslina , Alomia , Piqueria.

Section IV. Jacobées (page 120).

Perdicium, Dumerilia, Kleinia, Cacalia, Culcitium , Senecio, Cineraria, TVerneria, Tagetes , Bœbera.

Section V. Hélianthées (page i5G).

Melananthera , Platjpteris, Verbesina, Encelia, Spilanthes , Heliopsis, Diomedea, fVedelia, Gymnolomia, Helianthus, Vi' guieraj Ximenesia, Coreopsis , Bidens , Cosmos, Georgina, Riid^ hechia , Synedrella, Heterospermum , Guardiola, Tragoceros , Zinnia, Balbisia, Galinsq^ea, Ptilostepliium, TViborgia , Acliy- ropappiis , Partheniuin , Hjymenopappus , Schkuhria , Pectis , Eclipta, Selloa , Eriocoma, Meyera, Centrospermum , Melam- podium, Xanthium, Ambrosia, Iva, Jœgeria, Unxia, Espeletia, Polymnia, Siegesbechia , Milleria, Flaveria, Monactis, Baillicria, Cacosmia, Allocarpus, Calea, Leontophtalmum, Aclinea, Helcnium.

Section VI. Anthémidées (page 2 35).

Chiysanthemum , Pyrethrttm, Hippia, Soîîva.

Nous excéderions de beaucoup les bornes d'un article de dictionnaire, si nous exposions ici tout ce que nous avons a dire sur cette méthode de M. Kunth'. Bornons-nous à. ce qui concerne sa section des Eupatorées, qui sert de titre à cet article.

Dans notre premier Mémoire sur les synanthérées, lu a

1 Nous renvoyons le lecteur au Journal de physique de Juillet iÇig^ dans lequel nous avons fait une analyse critique et raisonnée du qua- trième volume de Touvrage de M. Kunth, intitulé; JS'oça gênera et spe- des plantarum.

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l'Institut le 6 Avril 1812, nous avons solidement établi notre tribu naturelle des Eupatoriées, que nous nommions alors la section des Eupaloires. En effet, nous avons dès-lors rapporté à cette tribu les quatre genres Eupatorium , Stevia, Ageratum, Piqueria, et nous avons en outre assigné à cette même tribu ses véritables caractères distinctifs fournis par la structure du style. Depuis cette première époque, nous avons aug- menté successivement la liste des genres de cette tribu , en y rapportant les kuhnia, liatris , mikania, adenostema, scle- rolepis , balschia , ccelestina , carphephoriis , coleosanthus , gyptis , trilisa. Toutes ces additions ont été publiées, avant l'impression du volume de M. Kunth , soit dans ce Diction- naire, soit dans les Bulletins de la Société philomatique, soit dans le Journal de physique. Il est donc bien évident que M. Kunth n'est point l'auteur de ce qu'il appelle sa section des Eupatorées , à laquelle il n'assigne, il est vrai , aucun carac- tère, mais dans laquelle il range les genres Kuhnia, Eupato- rium, Mikania, Stevia, Ageratum, Ciclestina, ALomia, Piqueria. Concluons que ce botaniste, en déclarant, dans son préam- bule, que la méthode qu'il croit avoir inventée est très- bonne , et que la nôtre est très-mauvaise, auroit au moins faire quelques exceptions , notamment en faveur de notre tribu des Eupatoriées, qu'il a trouvé bon d'adopter sans nous citer.

Nous ne terminerons pas cet article sans observer que plu- sieurs des genres présentés par M. Kunth comme nouveaux, avoient été antérieurement établis et publiés par nous dans les Bulletins de la Société philomatique; mais que ce bota- niste a jugé à propos de les reproduire sous de nouveaux noms, en se dispensant même de citer, au moins comme synonymes, les noms que nous leur avions précédemment donnés. Ainsi le pollalesta de M. Kunth est notre oliganlhes, publié dans le Bulletin de Janvier 1817 ; l'ampherephis de M. Kunth est notre centratherum , publié dans le Bulletin de Février 1817; le diploUephium de M. Kunth est notre diplo- pappus, publié dans le Bulletin de Septembre 1817; le wer- neria de M. Kunth est notre eurjops, publié dans le Bulletin de Septembre 1818. (H. Cass.)

EUPATORIA. {Bot.) Ce nom a été appliqué par Plukenet

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à des plantes appartenant aux genres Vernonia, Eupalorium , Batscliia, Conjza, Pluchea, Kuhnia. (H. Cass.)

EUPATORIEES , Eupaloriœ. {Bot.) Nous nommons ainsi la dix-neuvième des vingt tribus naturelles que nous avons établies dans la famille des synanthérées, et nous la plaçons immédiatement après la tribu des adénostylées , et avant celle des vernoniécs.

La tribu des eupatoriées a été d'abord établie par nous, sous le nom de section des Eupatoires , dans notre premier Mémoire sur les Synanthérées, lu à l'Institut le 6 Avril 1812, publié par extrait dans le Bulletin de la Société philomatique de Décembre 1812 , en totalité dans le Journal de physique de Février, Mars, Avril i8i3 , et en abrégé dans le Journal de botanique d'Avril 181 5. Nous sommes obligé d'insister sur ce point, pour faire apprécier la justice des prétentions de M. Kunth. (Voyez Tarticle Eopatorées.)

Notre tribu naturelle des eupatoriées est fondée sur les caractères suivans.

Vovaire est oblong , non comprimé, un peu épaissi de bas en haut, arrondi au sommet; ordinairement prismatique, à cinq faces limitées par cinq arêtes saillantes; quelquefois cylindracé , avec cinq ou dix nervures ; il est glabre , ou garni de poils, ou parsemé de globules substipités. Cet ovaire est ordinairement j)orté sur uu pied plus ou moins grand, et de forme diversifiée , souvent articulé avec le corps. Le placentaire est ordinairement très-élevé. Le fruit mûr est ordinairement de couleur noire. L'aigrette , rarement nulle ou coroniforme , est ordinairement composée de squamel- lules uni-bisériées, libres ou entregreffées inférieurement , filiformes ou paléiformes.

Le stjle androgynique a ses branches longues, colorées comme la corolle, peu divergentes pendant la tleuraison; leur partie inférieure, un peu arquée en dehors, est courte, grêle, demi -cylindrique, bordée de deux très-petits bour- relets stigmatiques ; leur partie supérieure, un peu arquée en dedans, est longue, épaisse, subcylindracée , souvent élargie supérieurement, toujours arrondie au sommet, couverte de collecteurs papilliformes ou glanduliformes. La base du style est souvent velue.

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Les étamines ont l'article anthérifère quelquefois épaissi ; l'appendice apicilaire arrojidi au sommet (nul dans le p/^ue- rm, den(iculé dans quelques stevia); les appendices basilaires nuls ou presque nu!s.

La corolle staminée est régulière, mais tellement diversi- fiée du reste qu'elle ne peut fournir a cette tribu aucun autre caractère général. Celle des stevia et de quelques au- tres eupatoriées est remarquable par les poils qui garnisscat sa surface intérieure.

Tels sont les caractères ordinaires de la tribu des eupa- toriées , qui nous fournit en outre la matière des remarques suivantes.

La calathide est incouronnée, équaliflore, pluriflore, ré- gularillore, androgyniflore. Le clinanthe est presque toujours inappendiculé, rarement fimbrillLfère , ou squamellifère. Les squames du péricline sont tantôt imbriquées, tantôt unisé- riées ou bisériées. Les feuilles sont ordinairement opposées, souvent alternes. Les tiges sont herbacées, ou quelquefois ligneuses. Les corolles sont ordinairement rouges, blanches ou bleues, quelquefois jaunes.

Les eupatoriées sont bien caractérisées par le style , qui ne permet pas de les réunir avec les vernoniées.

Presque toutes les eupatoriées habitent l'Amérique; il y en a très-peu en Asie, encore moins en Afrique , et l'Europe n'en possède qu'une seule espèce.

Nous classons dans la tribu des Eupatoriées les seize genres suivans, rangés ici par ordre alphabétique : Adenostemma , Forst. ; Ageralitm , Linn. ; Alomia, Kunth ; Batschia, Mcench ; Ccelcstina , H. Cass. j Carphephorus , H. Cass. ; Coleosanthus , H. Cass.; Eupatorium , Tourn. ; Gjptis, H. Cass.; Kuhnia , Linn. fils; Lia/ns, Schreb. ; Mifcan.!a, Willd. ; Piqueria, Cav.; Sclerolepis. H. Cass. ; Ste^-ia, Cav. ; Trilisa , H. Cass. ( H. Cass.)

EUPATORIO-AFFINIS. {Bot.) Ce nom composé a été ap- pliqué par Plukenet au liatris scariosa , et par Breynius au Imccharis indica , Linn. (H. Cass.)

EUPATORIOIDES. {Bot.) Ce nom a été appliqué par quelques botanistes, tels que Petiver, Ray, Feuillée, au gnaphalium muricalum, Linn., au seriphium- fuscum , Linn., au Jlaveria de M. de Jussieu. (H. Cass.)

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EUPATORIOPHALACRON. {Bot.) Ce nom a été appliqué par Vaillant, Dillen , Btirmann, aux eclipta erccta et pros- trata , au lavenia erecta, au Jlaveria. (H. Cass.)

EUPATORIUM. {Bot.) Voyez Eupatoire. (H. Cass.)

EUPETALES. {Min.) Pline appelle ewpetoZe, une pierre qui présentoit les quatre couleurs bleu , rouge de feu, rouge de cinabre et vert pommé. Étoit-ce une opale ? Cela n'est pas probable, à cause de la couleur rouge de cinabre, que cette pierre ne présente jamais : d'ailleurs Popale est parti- culièrement décrite par Pline , sous le nom qu'elle porte encore. Etoit-ce un jaspe universel? Mais les couleurs de ce jaspe sont loin de présenter les variétés et l'éclat qu'il attribue à celles de l'eupetale. (B. )

EUPETALOS {Bot.), un des noms sous lesquels étoit dé- signé anciennement, suivant Ruellius, le daphnoides de Dios- coride, qui paroît être, suivant Dalechamps, la lauréole, daphne laureola. (J. )

EUPHÉE ( Crwst. ) ; Euplieiis , Risso. Genre de crustacés, le même que celui déjà établi par Leach sous le nom d'Jpseudes. (W. E. L.)

EUPHONE. {Ornith.) M. Desmarest donne cette dénomi- nation à la seconde section par lui établie pour le genre Tangara dans son Histoire de ces oiseaux. (Ch. D.)

EUPHORBE; Euphorhia, Linn. {Bot.) Genre de plantes dicotylédones, de la famille des euphorhiacées , Juss. , et de la dodécandrie trigynie , Linn., dont les principaux caractères sont les suivans : Calice monophylle à quatre ou cinq divi- sions ; corolle de quatre à cinq pétales un peu charnus - arrondis ou en croissant, insérés dans le haut du calice et alternes avec ses divisions: douze à quinze étamines, rare- ment moins , attachées au réceptacle, et ayant, interposées entre elles, des écailles velues, laciniées ou frangées; un ovaire supérieur, arrondi, trigone , pédicule, surmonté de trois styles bifides; une capsule saillante hors du calice, a trois coques , contenant chacune une seule graine arrondie ou ovale. Au lieu de considérer les fleurs des euphorbes ainsi que leur caractère vient d'être exposé, M. de Lamarck pense qu'on pourroit regarder ce que Linnaeus prend pour une seule fleur comme un amas de plusieurs petites fleurs

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enveloppées dans un calice commun; que les écailles fran- gées, interposées entre les étamineS, sont les calices pro- pres d'autant de fleurs mâles, et qu'au centre de toutes ces dernières se trouve une seule fleur femelle, consistant en un ovaire pédicule , eto. Cette manière de voir est aujour- d'hui adoptée par MM. de Jussieu , Richard et De Candolle.

Le port des euphorbes est très-variable, selon les espèces. Quelques-unes de ces plantes ont une tige épaisse, charnue, anguleuse , persistante , ressemblant beaucoup à celle des cactiers , et cette tige est pour la plupart dépourvue de feuilles; mais ses angles sont armés, dans leur longueur, d'épines géminées ou solitaires : les autres, qui sont les plus nombreuses, ont, comme toutes les plantes en général, des tiges frutescentes ou herbacées, garnies de feuilles simples, souvent alternes, quelquefois opposées ou verticillées.

Les espèces de la première division ont leurs fleurs pres- que sessiles ou portées sur des pédoncules courts, ordinai- rement simples , et ces fleurs sont disposées sur les côtés des tiges dans leur partie supérieure. Dans les euphorbes de la seconde division, les tiges se ramifient toujours, au moins à leur partie supérieure, et leurs ramifications, le plus souvent disposées en ombelle dans cette partie , et ensuite plusieurs fois dichotomes, portent les fleurs principalement a leurs extrémités , une fleur solitaire se trouvant en outre dans chacune de leurs bifurcations supérieures. On observe d'ailleurs à la base de l'ombelle une sorte de collerette formée par un nombre déterminé de folioles disposées en verticille et en même nombre que les rayons de Fonibelle , et en outre ceux-ci sont munis à chacune de leurs bifurca- tions de deux bractées opposées. Quelques espèces herbacées ont leurs tiges étalées, dichotomes, et les fleurs sont soli- taires dans les bifurcations ou dans les aisselles des feuilles. Plusieurs de ces plantes, en général, sont polygames, et elles produisent des fleurs unisexuelles et des fleurs herma- phrodites sur le même pied; quelques-unes sont monoïques.

Le genre des euphorbes est un des plus nombreux du règne végétal ; il est répandil dans les quatre parties du monde : les ouvrages de botanique les plus modernes font mention de cent quatre-vingts espèces, et en France seule-

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ïnent on en compte plus de quarante. Ces plantes sont aussi connues sous le nom de lithjmales ; c'est même sous cette dénomination qu'elles sont particulièrement désignées dans presque tous les auteurs qui ont écrit avant LinnEeus. Fuch- sius, Dodonasus, Lobel, Clusius, lesBauhin, Morisson, Ray, Tournefort, Vaillant, Barrelier et autres, ont tous adopté le mot tithjmalus comme nom générique. HaJler même, con- temporain du botaniste suédois, et M. de Lamarck, dans la première édition de sa Flore Françoise, ont conservé ce nom, qui est celui que les anciens avoient attribué aux espèces de ce genre qui leur étoient connues : on trouve le nom de tithymale dans Hippocrate (Hipp., sect. 5, lib. de superfœ' tàtione, p. 265). Théophraste {lib. 9, cap. 12) en cite trois espèces; Dioscoride {lib. 3, cap. 12g), et Pline {lib. 24, cap. 6 et i5; lib. 26, cap. 8; lib. 27, cap. 11 et 12), parlent de sept^ parmi lesquelles ils ne comptent pas cinq autres plantes auxquelles ils donnent des dénominations particulières, mais qu'ils reconnoissent comme voisines des premières, et qui paroissent en eflet appartenir au même genre. Les anciens, au contraire, ne donnoient le nom d'euphorbe qu'à une seule espèce, qui croissoit en Afrique, et qui n'est peut-être pas la même que celle qui fournit le suc gommo- résineux connu aujourd'hui dans les pharmacies sous le même nom, et qui, après avoir été long-temps célèbre, est à présent presque totalement hors d'usage , parce que son extrême àcreté l'a fait regarder comme un remède dangereux.

Je regarde comme fort incertain que Feuphorbe des bou- tiques soit Veuphorbiuin de Dioscoride ; car cet auteur ne dit pas un mot de ses propriétés purgatives, qui sont cependant trop développées et trop énergiques dans le suc que nous connoissons, puisque cinq à dix grains suffisent pour purger très-fortement, pour qu'elles fussent restées ignorées des anciens, s'ils avoient connu la même plante que nous. Si on ajoute à ces considérations que Dioscoride compare la sienne à la férule {euphorbium Ijbica arbor est ferulœ speciem hahens) il ne sera pas même douteux que notre euphorbe n'a aucun rapport avec celui des anciens, qui paroitroit être une espèce d'ombellifère , tandis que le nôtre a le port d"un cactus , vulgairement cierge.

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Pline {lih. 25, cap. 7) attribue la découverte de l'euphorbe à Juba, roi de Mauritanie, qui lui donna le nom de son médecin Euphorhiis , et qui en fit l'objet d'un traité particu- lier. Linnocus , en consacrant le mot euphorhia pour tout le genre des tithymales, voulut sans doute faire revivre le nom du médecin de Juba, et lui élever un monument plus du- rable que la statue d'airain que le sénat romain fit ériger à Antonius Musa, frère d'Euphorbus et médecin de l'em- pereur Auguste, pour avoir guéri ce prince d'une maladie grave (Plin., iit. 19, cap. S; Sueton. , in Octa^io Augusto , cap. 59 et 81).

En effet, le nom d'euphorbia a prévalu ; il est généralement adopté aujourd'hui par tous les botanistes, et c'est mainte- nant que Linna?us pourroit dire : Ubi jam Musœ statua ? periit , evanuit! Euphorbii autem perdurât , pcrennat , nec unquain de- strui polest. {Crit. bot., p. 86.)

Les anciens avoient reconnu dans les tithymales la pro- priété émétique et purgative ; propriété qui est due à un suc propre, laiteux, très -abondant , dont ils sont remplis, et qui coule à la moindre déchirure faite aux liges, aux feuilles ou à toute autre partie. Ce suc est plus ou moins acre, et même quelquefois caustique; on lui attribue la propriété de détruire les callosités, les cors, les verrues qui viennent sur la peau: mais ce moyen, que je n'ai pas essayé, doit être peu efficace ou au moins fort lent; car, en prépa- rant plusieurs espèces de ces plantes, j'ai eu les mains cou- vertes de leur suc pendant quelques heures, et la simple ablution dans l'eau a suffi pour les bien nettoyer , sans qu'il y restât aucune tache. IVIais , si ce suc fait peu d'effet sur les parties recouvertes par la peau, il agit avec beau- coup de violence sur celles qui ne sont revêtues que par les membranes muqueuses. Voulant comioitre la saveur de ce sac, j'en portai deux gouttes sur ma langue; c'étoit celui de l'espèce appelée Euphorbe des bois : je ne ressentis rien dans le premier moment; mais, au bout d'une ou deux mi- nutes, il se développa un sentiment d'ardeur brûlante qui se répandit non-seulement sur toute la langue, mais encore dans toute la bouche et jusque dans la gorge. L'eau fraîche, lorsque j'en tenois dans ma bouche, caimoit un peu la dou-

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leur; mais la sensation brûlante recommençoit aussitôt que je cessois de me gargariser. Cet état d'iri'itation et d'inflam- mation me fit beaucoup souffrir pendant deux heures, après lesquelles il diminua peu à peu, et s'apaisa enfin tout-à-fait, sans qu'il résultât aucun autre accident de cette épreuve.

Dioscoride et Pline parlent de plusieurs préparations faites avec le suc, les racines, les feuilles ou les graines des tithy- males, dont on se servoit de leur temps, soit pour faire vomir , soit pour purger. Comme il seroit impossible aujour- d'hui de rapporter avec certitude les espèces dont ils ont fait mention à celles que nous connoissons , parce que les descriptions de ces auteurs, lorsqu'ils nous en ont laissé, sont trop vagues et trop incomplètes , j'ai cru qu'il seroit superflu d'entrer h ce sujet dans des détails qui ne peuvent plus avoir aucune utilité pour nous : il m'a paru plus simple de rechercher les propriétés des euphorbes , comme si ces plantes n'eussent jamais été employées.

Lorsque quelques espèces étoient en usage , on ne croyoit pas pouvoir les donner sans y joindre des correctifs pour tempérer leur grande àcreté. Schrœder propose , dans cette intention, le mucilage de gomme adragant de bdellium, de psyllium , et même la macération dans le vinaigre. Tournefort, Chomel, le traducteur et le continuateur de Geoffroy, conseillent aussi de faire macérer les tithymales dans le vinaigre ou dans quelque autre liqueur acide, et ce n'est qu'après les avoir préparés de cette manière, ou même après les avoir légèrement torréfiés , que MM. Coste et Willemet ont cru pouvoir les employer. Ces préparations m'ayant paru superflues , parce qu'elles empêchoient qu'on ne pût reconnoître les véritables propriétés de ces plantes, j'ai jugé convenable de répéter les expériences de ces deux der- niers auteurs , ou plutôt d'en faire de plus exactes et de plus précises, les leurs m'ayant paru trop vagues et trop incer- taines pour fixer l'opinion sur des végétaux que bien des médecins regardent comme vénéneux.

Pour connoître donc avec certitude la manière d'agir de ces plantes , j'ai soumis à l'observation plusieurs de nos es- pèces indigènes l'une après l'autre, et je me suis assuré que. si tous les euphorbes et leurs différentes parties peuvent être

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considérés comme ayant des propriétés analogues , ces mêmes propriétés varient en même temps beaucoup, quant à Tiiiten- sité , d'une espèce à l'autre. C'est ce que j'expliquerai plus bas, en traitant des espèces en particulier: mais, comme le nombre de celles-ci est beaucoup trop considérable pour en faire même la simple énumération dans un ouvrage de la nature de celui-ci, je me bornerai à parler de quelques espèces exotiques les plus connues, et parmi nos indigènes je citerai seulement les plus remarquables et celles dont j'ai constaté les propriétés.

'•'■ Tige charnue et frutescente , munie d'épines ou d'aiguillons.

Euphorbe des anciens; Euphorbia antiquorum , Linn., Spec, 646. Sa tige est triangulaire ou quadrangulaire , articulée , munie, au lieu de véritables feuilles, de petites appendices sol'taires, placées près des épines, et divisées en rameaux, dont les angles, de même que ceux de la lige, sont ondes, échancrés par intervalles, comme entrecoupés par des nœuds, et terminés chacun à leur sommet par deux épines courtes et divergentes. Les fleurs, placées dans les sinuosités des angles, sont portées sur des pédoncules courts, simples ou divisés et triflores ; leurs pétales sont arrondis, entiers, et il n'y a que cinq à six étamines. Cette plante croît naturelle- ment en Arabie et dans l'Inde. Le suc laiteux qu'elle con- tient et qui en découle naturellement, soit par les incisions qu'on fait à sa tige ou à ses rameaux, est très-abondant; il concourt avec celui de plusieurs autres espèces, et particu- lièrement avec celui de l'euphorbe officinal, à former la gomme-résine à laquelle on a particulièrement donné le nom d'euphorbe dans les pharmacies. Au rapport de Forskal , les chameaux mangent cette plante en Arabie , après qu'on l'a fait cuire dans un trou pratiqué dans la terre. Cela pa- roitroit indiquer que l'àcreté et la causticité du suc des eu- phorbes tient à un principe volatil qui s'évapore par l'ac- tion du feu ; car autrement il seroit impossible que ces plantes pussent servir de nourriture à aucun animal.

EuvHORBE DES CANARIES : Euplwrhia canariensis , Linn., Spec, 646; Dec, PI. gras., n.° et tab. 49. Sa tige est épaisse, qua-

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^rangulaire, haute de quatre à six pieds, garnie de rameaux ouverts, dont les angles sont, ainsi que ceux; de la ti'^e . munis de tubercules calleux, rangés longitudinalement , et surmontés chacun de deux aiguillons courts et divergens. Les fleurs sont sessiles , placées au-dessous des aiguillons, et elles sont accompagnées d'une bractée ovale : leur calice est à cinq divisions; leur corolle à cinq pétales charnus, entiers, d'un rouge obscur. Cette plante croit naturellement dans les îles Canaries, et on la cultive depuis long-temps au Jardin du Roi , on la tient dans la serre chaude. On la multi- plie facilement de boutures, qui, ainsi que pour toutes les autres espèces charnues, ne doivent être mises en terre que quelques jours après qu'elles ont été retranchées du pied qui les a produites.

Euphorbe «amillaire ; Euphorbia mamillaris , Linn., Spec, Czj7. Sa tige est droite , simple ou garnie de quelques ra- meaux courts, haute de deux pieds ou plus, nue et à sept angles, dont la crête est hérissée d'épines simples, droites, longues d'un pouce ou un peu plus. Les fleurs sont petites, d'un rouge brun, portées sur des pédoncules simples, nais- sant sur les angles de la tige entre les épines, et se chan- geant, après la fructification, en pointes roides, semblables aux autres épines. Cette plante est originaire du cap de Bonne-Espérance, et elle est cultivée au jardin du Roi.

Euphorbe 0FFICI^fAL : Eupliorbia officinarum, Linn., Spec, C47 : Dec, PI. gras. , n." et tab. 77. Sa tige est épaisse , droite, souvent simple , haute de quatre à six pieds, sillonnée dans toute sa longueur par douze à dix-huit angles, dont la crête est garnie d'une rangée d'épines géminées. Les fleurs sont presque sessiles sur les angles de la partie supérieure de la tige; leur couleur est d'un vert jaunâtre. Cette plante croît naturellement en Ethiopie et dans les parties les plus chaudes de l'Afrique.

C'est en faisant des scarifications l'écorce de cet euphorbe et de quelques autres espèces à tige charnue, qu'on en retire un suc blanc, lactiforme , qui, exposé à l'air et à la chaleur, s'épaissit, devient solide, etauquel on donne particulièrement le nom d'euphorbe. Celui qui nous vient d'Afrique et qu'on trouve dans le commerce, est une substance extracto-rési- 16. A

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neuse, en gouttes ou en larmes, d'un jaune pâle, brillantes, tantôt rondes, tantôt oblongues, sans odeur, et produisant sur la langue une ardeur extrêmement brûlante. On en trouve une autre sorte, ordinairement en grosses masses, et beaucoup moins pure que la précédente , parce qu'elle est presque toujours mélangée avec une matière terreuse.

L'euphorbe agit sur l'économie animale d'une manière très- énergique; il produit l'irritation des parties avec les- quelles il est mis en contact, et particulièrement celle des membranes. Son action est telle qu'il peut produire un effet caustique; il attire le sang vers le lieu de son application, en y déterminant tous les symptômes de linflammation. Les qualités irritantes de l'euphorbe sont tellement prononcées, que la vapeur seule de ses molécules les plus subtiles peut faire éternuer, et si on prenoit par les narines une prise de sa poudre , cela pourroit déterminer une forte hémor- ragie et même l'inflammation des membranes du cerveau.

On doit juger, d'après cela, que ce n'est qu'avec une grande circonspection qu'on peut faire usage de l'euphorbe à l'intérieur. Quelques médecins l'ont administré à la dose de quatre à dix grains, en l'incorporant, afin de prévenir son impression fâcheuse , avec quelques poudres peu actives et insolubles dans les humeurs gastriques. Malgré ces précau- tions, l'euphorbe déterminant presque toujours une vive irri- tation du canal intestinal et produisant des évacuations aî- vincs beaucoup trop répétées, son emploi est aujourd'hui presque entièrement banni de la pratique. Ce n'est guère que dans les apoplexies et les liydropisies que les dangers atta- chés à son administration pourroient être compensés par le» services qu'il est susceptible de rendre comme purgatif, li paroitroit d'ailleurs pouvoir être employé avec plus d'utilité à l'extérieur; car plusieurs voyageurs rapportent que les peuples qui habitent les côtes du Malabar en font, en y ajoutant un peu d'assa-fct-tida, un einj)làtre qu'ils appliquent sur le ventre des enians pour faire mourir les vers intestinaux.

Eui'HORBE A FEUILLES DE LAURiER-ROsE : Euphorbiu ncrufoLiu, Linn. . Sp c, 648; Dec, PI. gras., n. et tab. 49. Sa tige est droite, sinsple ou rameuse, iiaute de six à huit pieds, cylin- drique a sa base , à cinq angles dans sa partie supérieure.

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Ces angles sont chargés d'une rangée de tubercules portant chacun deux épines cour.es, et le sommet de la tige ou des rameaux est garni de feuilles éparses , oblongues, succu- lentes, vertes, glabres, longues de quatre à cinq pouces, larges de douze à dix-huit lignes. Les fleurs, d'un vert jaunâtre mêlé de pourpre , sont presque sessiles entre les feuilles au sommet des rameaux. Cette espèce croît naturel- lement dans les Indes, l'on s'en sert pour faire des haies. On la cultive au Jardin du Roi.

«•.^ Tige frutescente dépourvue d'épines oud'aigjiillons»

EupHORiiE tête-de-Méduse : Eiiphofbia cûpu' Medusce, JJnn*, Spec, , 648; Dec, PI. gras., n.° et tab. i5o. Le coUct de sa î-acine est épais, tubéreux , éléVé de quatre à six pouces hors de terre ; il donne naissance à un grand nombre de rameaux cylindriques, charnus, tuberculeux, glabres, nais- sant d'un centre commun , divergeant en tout sens et imitant en quelque façon une tête de Méduse hérissée de serpens. Ges rameaux sont chargés d'écaillés charnues , im- briquées sur cinq rangs, dont celles du sommet portent cha- cune une petite feuille linéaire-lancéolée. Les Heurs, d'une couleur herbacée, naissent, trois ci quatre ensemble, au som- met des rameaux, portées sur des pédoncules épais et courts; leurs pétales ont les bords découpés en quatre ou cinq; petites dents. Cette plante croit naturellement en Ethiopie, et elle est cultivée dans les jardins de botanique, on la tient dans la serre chaude.

Euphorbe a trois dents : Euphorbia tridentata, Lamk. , Dict. enc. , 2, pag. 416; Decand., PI. gras., n.° et